Ça y est : par un communiqué officiel, Steam annonce enfin la disponibilité de la
Steam Machine.
Et apparemment, l’écrasante majorité des sites d’actualité se plaignent de son prix.
Ils ont tort.
Qu’est-ce que la Steam Machine ?
La Steam Machine est la dernière manifestation — l’aboutissement ? — de la volonté de Valve, à l’origine de la plateforme de jeux
Steam, d’offrir aux joueurs une plateforme de jeu (mais pas seulement) matérielle à ses clients.
L’histoire de la Steam Machine remonte ainsi à 2012, avec la première annonce de la Steam Box.
Gabe Newell, patron de Valve, espère que «la plupart des consommateurs et des développeurs vont penser que le PC est le meilleur environnement pour eux»1.
Mais la sauce ne prend pas encore : malgré l’annonce d’un prototype d’un mini-PC l’année suivante (le Xi3 Piston, vendu $1000 à l’époque), Valve se désengage, sans que l’on sache exactement pourquoi2.
Cela n’empêchera pas la sortie de plusieurs machines «partenaires», annoncées au cours du CES de 2014, que les constructeurs tels qu’Alienware, Zotac, ou Gigabyte pourront commercialiser sous le nom de «Steam Machines», et dont les prix oscilleront entre $499 et $6000.
Même notre
Materiel.net national a vendu sa propre Steam Machine pour un tarif de 800 € à l’époque.
L’idée de placer un boitier Valve dans le salon fait son chemin malgré tout, jusqu’au Steam Link en 2015 : les joueurs PC gardent leur PC habituel, mais ce boitier leur permet de relayer l’image de leur PC vers leur télévision.
Le projet sera abandonné en 2018 au profit de l’application Steam Link, qui permet de se passer de ce boîtier, elle-même aujourd’hui remplacée par le Remote Play intégré à Steam.
Attribution : www.windowscentral.com
Valve a finalement choisi une autre porte d’entrée chez les joueurs PC : la console portable, surfant sur le succès de la Nintendo Switch et des «PC/consoles» de fabriquants tiers.
Le Steam Deck fait alors son apparition en 2021, et constitue une victoire incontestable pour Valve.
L’entreprise a enfin séduit les joueurs PC qui aspiraient à un peu plus de mobilité.
Attribution : www.gamesradar.com
Néanmoins, une console portable a des limitations que n’aurait pas un mini-PC : elle intègre une batterie, un écran, ne se pilote pas comme un ordinateur au clavier et à la souris, et l’évacuation de la chaleur est limitée. En outre, aucune évolutivité n’est envisageable. Mais Valve a montré sa capacité à produire du matériel de qualité, et le marché lui accorde sa confiance. Ainsi, l’entreprise annonce la Steam Machine en 2025.
Cette annonce — que l’on peut considérer comme tardive et attendue — lui a aussi laissé du temps pour peaufiner l’offre logicielle : Valve est un supporter de GNU-Linux et n’a jamais envisagé autre chose sur ses Steam Machines, et développe ainsi SteamOS, d’abord sur une base
Debian, puis désormais sur une base Arch Linux.
Ce système d’exploitation anime le Steam Deck, mais aussi le PC de certains joueurs et techniciens désireux de faire de leur machine une Steam Machine non officielle (dont j’ai récemment fait partie).
Ajoutons ses efforts sur Proton, l’outil basé sur Wine, qui assure une compatibilité exemplaire de pratiquement tous les jeux de son catalogue, et on obtient le parfait cocktail pour transformer Valve en l’Apple des jeux-vidéo.
Ainsi, d’une façon ou d’une autre, l’engagement de Valve pour le jeu sur PC est très fort, et permet de mieux comprendre sa volonté de disposer de son propre écosystème matériel.
Et c’est peut-être finalement la maturité de ce système d’exploitation et la santé de l’écosystème Steam qui favorise l’entrée de Valve sur le marché du mini-PC de jeu, plutôt que tout autre critère avancé jusque-là.
Matériel embarqué
La Steam Machine 2026 embarque un processeur et un GPU AMD «partiellement sur-mesure» et 16G de mémoire vive de base (des modules SO-DIMM remplaçables) + 8G dédiés au GPU.
Son tarif de base de 1039 € lui confère un SSD de 512G, et une option à 1359 € est disponible pour un SSD de 2T (qui, à lui seul et quand on en trouve encore, se négocie autour de 250 euros en juin 2026).
Le CPU est basé sur une architecture
Zen 4 à 6 coeurs pour 12 threads.
En 2026, ça choque les plus avant-gardistes : Zen 4 est une architecture introduite en 2022, et
Zen 5 est même déjà commercialisée depuis 2024.
Le GPU exploite, quant à lui, une architecture
RDNA 3, soit la plus récente.
Le point-clé à retenir ici est que la machine embarque 16G de mémoire vive + 8G de mémoire vidéo dédiée, dans un contexte fortement défavorable à la profusion de mémoire.
Tout d’abord, Steam a
officiellement communiqué sur une question importante : la Steam Machine est prévue pour être capable de faire tourner n’importe quel jeu en 4K à 60 FPS.
Dans les faits, cela implique parfois de faire appel au FSR avec une résolution interne moindre, mais ce que je retiens surtout ici, c’est un objectif tangible et pertinent : si n’importe quel jeu peut tourner en 4K à 60 FPS, cela rend légitime la place de la Steam Machine auprès du téléviseur, et lui permet de marcher sur les platebandes des consoles de salon «traditionnelles».
Si Valve n’avait pas positionné la Steam Machine de cette façon, elle resterait un produit de niche, un mini-PC de fanboys de la marque.
Pour un PC, la combinaison 16G de mémoire système + 8G de mémoire vidéo est un excellent compromis, qui permet à la Steam Machine de remplir cet objectif, sans imposer un positionnement tarifaire inabordable.
Ensuite, on semble un peu trop facilement oublier les contraintes physiques. Beaucoup d’entre elles ont été levées par le format pour lequel a opté Valve, comparativement au Steam Deck. La machine peut bénéficier d’un gros dissipateur et d’un large ventilateur, tout en restant silencieuse. Il aurait été techniquement possible de produire une machine capable de fournir de la vraie 4K à 120 FPS pour tous les jeux, mais cela se serait forcément accompagné d’un volume plus important, avec les composants d’aujourd’hui. Se plaindre des performances de la machine est simplement malhonnête.
Enfin, Valve n’avait pas 36 solutions : elle avait l’obligation de vendre sa machine maintenant, sous peine de l’avoir développée pour rien, et d’éroder la confiance qu’on peut lui accorder, surtout considérant son hésitation passée.
En outre, la
crise de la NAND ne va pas en s’améliorant, et Valve doit écouler les machines déjà produites.
C’est un coup du sort.
Si elle avait attendu pour vendre ses Steam Machines, elles auraient probablement coûté plus cher, ou le marché s’en serait désintéressé.
Si elle les avait sorties avant la crise, les clients suivants auraient été lésés en raison d’une augmentation des prix.
La sortir maintenant, à ce tarif et avec ce matériel, ne relève pas d’un choix délibéré mais d’un compromis face auquel beaucoup semblent vouloir rester aveugles.
Je ne peux pas non plus passer sous silence l’éternelle volonté d’en vouloir toujours plus sans l’investissement qui l’accompagne. 16G + 8G est un compromis totalement raisonnable qui permet de faire énormément de choses. Comme je l’estime dans mon article sur la crise de la NAND, il faut aussi se montrer raisonnable ; non pas pour permettre à l’industrie de l’IA de phagocyter le marché de la mémoire, mais tout simplement parce que nos besoins réels ne correspondent pas à une telle consommation.
La Steam Machine est-elle une console de jeu ?
Non, et là encore, Valve communique officiellement et abondamment sur la question. La Steam Machine est un mini-PC, une extension du catalogue Steam qui permet de jouer dans de bonnes conditions, mais c’est avant tout un ordinateur. Un PC, sur lequel on peut brancher des périphériques, disposer d’un bureau et de ses applications de travail. C’est une machine à tout faire, et je pense que c’est un point important pour comprendre pourquoi tout le monde à tort de dire que la Steam Machine est chère.
Cela dit, faisons un point sur le tarif des consoles actuelles (hors promotions) :
| Famille | Tarif de base | Tarif « toutes options » pertinent |
|---|---|---|
| 469,99 € — console seule | - | |
| Xbox | 349,99 € — |
699,99 € — |
| PlayStation 5 | 599,99 € — |
1 009,97 € — |
| Steam Machine | 1 039 € — |
1 428 € — 2 To + Steam Controller |
Si on se focalise sur le prix de vente, une Steam Machine dotée de 512G de stockage est un peu plus chère qu’une PS5 Pro «toutes options». Donc, oui, considérant la crise de la NAND, et si l’on considère la Steam Machine comme une console de salon, le positionnement tarifaire est élevé. On peut même dire que la Steam Machine est techniquement inférieure à la PS5 Pro en termes de performances pures.
Mais encore une fois, la Steam Machine n’est pas une console de jeu. Les usages ne sont pas les mêmes, et les performances non plus. Un mini-PC esthétique, compact, qui délivre des performances honorables en jeu sans l’y contraindre, vendu à 1000 euros n’est pas un mini-PC cher. Une console, aussi jolie soit-elle, vendue 1000 euros, est une console chère.
Et ce n’est pas une critique : la PS5 Pro remplit un contrat que ne remplit pas la PS5. Les deux consoles ne visent pas les mêmes utilisateurs. De même qu’un mini-PC et une console de jeu.
Sony repose sur un catalogue fermé, maîtrisé et ultra-optimisé pour la console, alors que Steam exploite un catalogue de jeu qu’elle ne maîtrise pas techniquement (et s’inflige même la lourde tâche de développer une couche de compatibilité). Sony produit la PS5 à très grande échelle. Valve ne produit pas — encore — la Steam Machine à grande échelle, comme en témoigne le système de réservation, lui aussi critiqué.
Oui, Steam est avant tout une marque connue pour son lien fort avec les jeux-vidéo. Valve espérait sans doute éviter cet écueil en communiquant à tout moment sur le fait que la Steam Machine est avant tout un mini-PC. Malheureusement, les médias semblent souhaiter entretenir cette confusion.
Comparer la Steam Machine avec une console de salon est un non-sens. La comparer avec un mini-PC doté d’un équipement similaire aussi.
Conclusion
La Steam Machine est une machine particulière : pas «entre les deux», mais plutôt comme un pont, une passerelle, un ancrage qui pourrait positivement transformer Valve et les joueurs PC. Je rêve de la Steam Machine qui entérine Valve comme l’Apple du mini-PC, où l’entreprise maîtrise son matériel et son logiciel, pour que je puisse jouer dans un environnement confortable. Alors je trouve injuste de se focaliser sur des points qui ne sont pas légitimes à mes yeux, en particulier considérant les tarifs des Steam Machines des années 2010 et du contexte actuellement défavorable.
En vérité, je commençais même à me désintéresser de la Steam Machine en début d’année parce que j’étais persuadé que les tarifs allaient avoisiner les 2000 €, en raison de la crise de la NAND. J’ai éprouvé un soulagement sincère en voyant que le prix de la version la mieux équipée (et même, sur-équipée pour mes propres «besoins») ne dépassait pas les 1500 €. Je suis actuellement très bien équipé, mais s’il existe une version plus récente proposée au même tarif lorsque j’en aurai besoin, c’est définitivement vers ce mini-PC que je me tournerai.
J’espère d’ailleurs que Valve aura les reins assez solides pour proposer régulièrement de nouvelles itérations à prix déterminé : en fonction des évolutions matérielles, l’entreprise pourrait proposer tous les ans, tous les deux ans, tous les cinq ans, une machine actualisée vendue au tarif de base de 1000 euros. Avec un simple contrat : faire tourner n’importe quel jeu du moment en 4K à 60FPS, sans négliger l’ouverture et la diversité des usages que permet un environnement GNU-Linux.
